
L’anorexie, un mal moderne ?
Le comportement alimentaire
C’est tout bête, mais pour vivre, il te faut du combustible et donc manger. S’alimenter est une fonction vitale qui ne devrait se résumer - pour simplifier - que par une alternance entre la faim et la satiété. La réalité est beaucoup plus complexe. La nourriture est source de plaisir, et se trouve associée à de nombres rites socioculturels. Il n’est donc pas étonnant qu’un versant psychologique vienne perturber ce trop beau schéma. C’est souvent quand tu arrives à l’adolescence que les premiers troubles du comportement alimentaire font leur apparition. Ton corps change, évolue, se « sexualise »... ton apparence et le regard des autres prennent une réelle dimension, et entraînent souvent des blessures (secrètes).... 20 % des ados souffrent de troubles alimentaires. Pour la plupart, ces problèmes sont mineurs. Pour d’autres, cela conduit à l’anorexie, ou à la boulimie, voire un mélange des deux.
Le portrait robot d’une anorexique
Y a-t-il un moyen de reconnaître l’anorexique avant que les crises commencent et qu’elles ne l’enferment dans un cercle infernal, souvent difficile à briser ? Les médecins spécialisés dans le traitement des troubles alimentaires s’accordent sur des traits communs. Souvent mignonne, sans histoire, plutôt brillante au collège ou au lycée, rien « a priori » ne prédispose cette jeune fille, toi ou une de tes amies, à décider un jour d’arrêter de manger. Souvent dissimulatrice, elle se cache à elle-même, ainsi qu’aux autres (sa famille, ses amies...), les troubles alimentaires et psychologiques qui l’habitent. Elle se retranche petit à petit du monde afin d’éviter toute relation conflictuelle. Souvent très enthousiaste avec les gens, le premier faux pas de l’autre sera vécu comme une véritable trahison, source d’une grande souffrance.
Les causes
Il est extrêmement difficile de faire un catalogue des causes de l’anorexie, tant elles semblent complexes. De plus, les experts ne s’accordent pas entre eux. Certains avancent des facteurs d’ordre métabolique ou génétique. D’autres pensent que les causes psychologiques et relationnelles sont déterminantes. Un simple régime amaigrissant, une remarque désobligeante, un deuil ou un problème scolaire peuvent être les facteurs déclencheurs de cette pathologie.
Lors d’une étude récente, il a cependant été montré l’importance des facteurs familiaux et génétiques. En effet, le risque qu’une adolescente soit anorexique serait de 3 % si dans son entourage familial, il y a au moins une personne dépressive, alors qu’il ne serait que de 0,3 % dans les autres cas.
Le manque de repères, des relations familiales difficiles, la crise d’adolescence, les changements physiques dus à la puberté, sont souvent cités comme favorisant l’apparition de l’anorexie. L’adolescente chercherait, par ces privations alimentaires, à atteindre son autonomie. En fait, elle ferait un transfert de sa dépendance vis-à-vis de ses proches (parents, amis...) vers la nourriture, car elle ne peut pas contrôler son alimentation : ne pas manger serait ainsi une manifestation d’autonomie.
L’anorexie, par sa nature autodestructrice, te permettrait de prouver le contrôle que tu as de ton corps. Cette pathologie peut masquer un manque de confiance en toi ou une tendance à la dévalorisation.
Les symptômes
Les dés lancés pendant ton enfance (environnement familial, psychologique, scolaire, etc.) vont se jouer à ton adolescence. Tes troubles, tes douleurs, l’absence et la présence de l’autre (mère, frère, père, etc.) se découvrent et se dévoilent avec ton corps qui se transforme.
L’anorexie se traduit par une obsession de la perte de poids entraînant de fortes restrictions alimentaires : toujours manger moins et surtout, le moins calorique possible. L’anorexique fait le tri dans son assiette pour ne manger que des aliments non gras. De plus, l’anorexique s’adonne à des activités physiques intenses, souvent jusqu’à épuisement. La peur de grossir, de toujours se sentir énorme dans le miroir, détermine la majeure partie de ses activités.
Le désir de minceur peut entraîner différents comportements qui peuvent être dangereux pour la santé, comme des crises épisodiques de boulimie, l’usage de laxatifs pour éliminer au maximum le peu qui a été avalé, et le vomissement. De plus, l’anorexique va boire énormément d’eau (5 à 8 litres par jour), dans le but de se purifier et surtout d’éliminer les moindres traces d’aliments qui resteraient dans l’organisme.
Les conséquences
À ces troubles alimentaires sont évidemment associés des troubles psychologiques. Anxiété, dépression, repli sur soi, la personne anorexique se coupe fréquemment de ses amis et de ses proches. Elle a souvent l’impression de ne pas faire partie du monde qui l’entoure. Refusant de voir qu’elle est malade, elle se cache des personnes qui s’inquiètent pour elle, tout en appelant au secours.
Physiquement, l’ado va perdre rapidement beaucoup de poids, et n’aura rapidement que « la peau sur les os ». Ces différentes privations, infligées au corps vont avoir de sérieuses conséquences sur sa santé : insomnie, chute de cheveux, fatigue permanente, pertes de mémoire, disparition des règles, sont les principaux symptômes.
Plus les privations seront intenses, plus les effets risquent d’en devenir graves : décalcification, ostéoporose, malaises, chutes de tension... Ces dérèglements peuvent, à terme, menacer ta vie et t’amener jusqu’à la mort.
Quels sont les traitements ?
Une aide extérieure est généralement nécessaire pour s’en sortir. La principale difficulté que les soignants et la famille ont à affronter, c’est le refus du traitement et le refus d’accepter que tu es malade. Ce refus pose un véritable problème, car l’anorexie doit être traitée le plus tôt possible, avant que les troubles ne s’installent et que les privations alimentaires touchent de façon irréversible ton organisme.
Deux traitements doivent être associés : d’une part une psychothérapie pour tenter de comprendre d’où vient le mal, et d’autre part, une reprise de poids rapide et durable. Dans les cas les moins graves, un médecin généraliste assure le suivi du poids et de l’état de santé. Dans les cas où la vie de l’ado est en danger, une hospitalisation est souvent nécessaire. Dans cette situation, la jeune fille est souvent coupée de son milieu familial. Cette rupture, douloureuse pour les parents et pour l’ado, est souvent bénéfique, surtout lorsque les parents sont eux aussi suivis psychologiquement, afin de comprendre ce qui arrive à leur enfant. En effet, il ne faut pas que la jeune fille revienne dans le même climat familial, sinon il y aura risque de récidive.
Malheureusement, les différents traitements pour lutter contre l’anorexie n’ont qu’une efficacité limitée. Un tiers seulement des adolescentes retrouve une vie normale. Pour un autre tiers, la guérison est partielle, avec la persistance d’un poids faible, des troubles psychologiques et des risques de rechute. Pour le dernier tiers, le problème d’anorexie persiste et nécessite des soins continuels.
L’anorexie en Chiffres
1 % des adolescentes présentent des formes d’anorexie.
L’anorexie concerne 9 filles pour un garçon.
Elle se manifeste à l’adolescence, entre 15 et 18 ans notamment.
60 % des adolescentes s’estiment grosses.
5 % se trouvent obèses.
Seules 20 % sont satisfaites de leur corps.
90 % des adolescentes montent sur la balance plusieurs fois par mois,
15 % plusieurs fois par jour.
80 % des anorexiques reprennent un poids normal.
70 % ont de nouveau leurs règles.
50 % continuent à avoir des difficultés psychologiques.
13 % ont une anorexie chronique.
7 à 8 % meurent des suites de la maladie, ou d’un suicide.
75 % des mères d’anorexiques ont fait une dépression dans l’année précédant l’anorexie de leur fille.
Par comparaison, 2 % des adolescentes souffrent de boulimie.
C’est une maladie à 90 % féminine.
La boulimie se manifeste plutôt après l’adolescence, en moyenne vers 19 ans.
La boulimique consomme en moyenne, par crise, 3 500 calories, et peut aller jusqu’à 10 000 calories, voire plus !...
Olivier Frégaville-Arcas
Pour en savoir plus
« Anorexie-Boulimie : Les paradoxes de l’adolescence » de Philippe Jeammet. Editions Hachette Littératures. 2005
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